Niché au cœur de Stoumont, petit village des Ardennes belges, Marc Dublet incarne le savoir-faire ancestral de la charpente traditionnelle. Ancien militaire reconverti en artisan, il a choisi de redonner vie aux bâtiments anciens à travers des méthodes authentiques qui valorisent le patrimoine architectural de la région. Lorsque l’on arpente les rues bordées de maisons à colombages et de toitures en ardoises, il n’est pas rare de tomber sur l’une de ses œuvres, résultats d’un patient travail du bois, réalisé avec la précision héritée des métiers d’autrefois. Véritable maître charpentier, Marc Dublet participe activement à la préservation de l’identité locale tout en insufflant une âme nouvelle à ces demeures remarquables.
Le parcours singulier de Marc Dublet : de l’armée à la charpenterie traditionnelle
Marc Dublet n’est pas un artisan comme les autres. Son chemin vers la charpente traditionnelle prend sa source dans une première carrière militaire. Au fil des ans, ce passé lui a inculqué rigueur, discipline et sens du détail, qualités directement transposées dans son activité actuelle. Mais pourquoi décider, après une vie consacrée à la défense, de devenir charpentier à Stoumont ? Pour Marc Dublet, la réponse tient à la fois d’un appel profond pour le bois et d’une admiration inconditionnelle pour le patrimoine architectural de sa région natale.
Formé au Centre IFAPME de Gembloux, spécialisé dans les métiers du bois, il ne se contente pas d’apprendre les bases. Il s’immerge dans les techniques ancestrales de la charpente : gabaritage, assemblage à tenon et mortaise, utilisation exclusive d’outils manuels. Rapidement, il fonde sa propre entreprise, « Anima Oak », clin d’œil à la noblesse du chêne et à l’esprit des bâtisseurs anciens. Ce nom témoigne de sa volonté de redonner âme et force aux vieilles structures en bois, tout en perpétuant un artisanat presque oublié.
Marc n’utilise ni machines numériques sophistiquées ni plans informatisés. À sa manière, il s’inscrit dans une philosophie proche de l’artisanat des compagnons du devoir : respect du matériau, compréhension de la structure d’un bâtiment traditionnel et, surtout, souci du moindre détail. Cette approche manuelle séduit de plus en plus de propriétaires, conscients de la nécessité de préserver l’authenticité de leur demeure. Pour Marc, chaque projet à Stoumont ou dans les villages alentours devient un acte militant en faveur de la sauvegarde du patrimoine local.
L’histoire personnelle de ce maître charpentier est jalonnée de rencontres marquantes, notamment avec des architectes, des historiens locaux ou même d’anciens charpentiers à la retraite qui n’hésitent pas à partager leurs secrets. En s’inspirant d’eux et des manuels anciens, il réinvente, adapte et perfectionne sans cesse son art. La transmission est un aspect central de sa démarche : il forme aujourd’hui des apprentis soucieux de perpétuer ces pratiques artisanales, estimant que l’apprentissage sur le tas reste le meilleur moyen de s’approprier ce savoir complexe.
La reconversion de Marc Dublet, du militaire au charpentier, illustre ainsi la manière dont des compétences acquises dans un univers peuvent nourrir la passion et le soin exigés par l’artisanat du bois. C’est en alliant force, patience et respect du passé qu’il redonne toute leur splendeur aux édifices qui font l’âme de Stoumont.
Redonner vie aux colombages : techniques et défis de la charpente traditionnelle
Le cœur du métier de Marc Dublet réside dans la restauration des colombages, ces structures en bois apparentes qui forgent l’identité des bâtisses anciennes de Stoumont. La technique du colombage exige bien plus que de simples compétences en construction en bois : il s’agit d’un véritable dialogue avec les matériaux, l’histoire et le site même de chaque édifice. Pourquoi choisir d’utiliser ces méthodes d’un autre temps ? Pour Dublet, l’authenticité et la durabilité priment sur la rapidité ou la modernité.
La restauration d’une façade demande une observation minutieuse des traces laissées par le temps. Chaque poutre, chaque tenon laisse transparaître la façon dont le bâtiment a vieilli, souffert ou résisté. Marc commence systématiquement par dresser un état des lieux détaillé, photographiant les zones abîmées, identifiant les essences de bois utilisées et les modifications successives. Ce diagnostic lui permet d’élaborer un plan d’intervention sur mesure, garantissant la protection du patrimoine architectural tout en respectant l’esprit d’origine.
Les outils choisis sont révélateurs de sa démarche. Herminette, maillet, scie à main ou vilebrequin remplacent la visseuse ou la perceuse électrique. Cette approche requiert patience, énergie et précision. Parfois, il lui faut remonter jusqu’aux méthodes des bâtisseurs du XVIIe siècle, comme lors de la rénovation d’une toiture en ardoise sur une maison classée. Ces chantiers sont l’occasion d’utiliser des bois locaux, taillés sur mesure, séchés naturellement, puis ajustés en fonction des besoins structurels : poutres maîtresses, solives, chevrons ou encore linteaux sculptés à la main.
Un exemple marquant illustre la complexité de son métier : lors de la restauration d’une vieille maison exposée aux pluies ardennaises, il remarque que certaines pièces de bois, datant de plus de deux siècles, sont toujours saines. Il choisit de conserver ces éléments, de les intégrer dans la nouvelle charpente, montrant ainsi que le dialogue entre passé et présent peut produire une harmonie subtile. Les parties irrécupérables sont remplacées par du chêne, local et durable, puis assemblées avec des chevilles en bois, bannissant tout usage de métal qui nuirait à la respiration du bâtiment.
Bien des défis attendent les artisans comme Marc Dublet. Certains clients désirent moderniser sans dénaturer, d’autres veulent retrouver les gestes et matériaux exacts du passé. À chaque intervention, la même exigence s’impose : respecter la mémoire des lieux tout en offrant à chaque bâtisse une nouvelle vie, solide et chaleureuse. C’est cette quête de l’équilibre entre tradition et pérennité qui façonne son approche de la charpenterie.
Sauvegarder l’âme des villages ardennais : impact du maître charpentier sur le patrimoine de Stoumont
L’influence de Marc Dublet sur le patrimoine architectural de Stoumont dépasse la simple rénovation de bâtiments. Sa vision globale de l’artisanat du bois englobe la valorisation de tout un territoire. En travaillant sur des bâtiments emblématiques, comme les maisons à encorbellements ou encore certains édifices religieux, il contribue à maintenir vivantes les traditions constructives propres aux Ardennes belges. Cette démarche impacte directement la perception qu’ont habitants et visiteurs de leur environnement.
À l’heure où de nombreuses communes rurales voient disparaître leurs maisons de caractère au profit de constructions uniformisées, le travail de Dublet fait figure de rempart. Pour nombre de riverains, retrouver une façade à colombages ou une toiture en ardoise restaurée, c’est renouer avec l’histoire collective et l’esthétique d’antan. Ces restaurations participent aussi à renforcer l’attractivité touristique de la région, connue pour ses paysages verdoyants et son riche passé artisanal.
Un projet récent à Stavelot illustre bien cette dynamique : une façade ancienne, défigurée par des rénovations hasardeuses dans les années 1980, a retrouvé son lustre d’origine grâce à l’expertise de Dublet. La remise en valeur de la charpente traditionnelle, alliée à l’utilisation de matériaux naturels, a permis de transformer un bâtiment délaissé en véritable point de repère architectural. Ce type d’intervention génère une émulation positive parmi les propriétaires voisins, incités à réhabiliter à leur tour leurs propres demeures dans le respect des savoirs anciens.
Mais l’influence de Marc Dublet ne se limite pas à la réhabilitation des murs : il agit également en faveur de la transmission de la culture artisanale. En organisant des ateliers, des portes ouvertes et des démonstrations, il sensibilise les plus jeunes aux enjeux de la sauvegarde du patrimoine et à la beauté du travail manuel. Ces initiatives rencontrent un écho particulier dans un contexte où l’artisanat du bois tend à disparaître, remplacé par des techniques industrielles peu respectueuses du cadre bâti traditionnel.
En choisissant de s’installer à Stoumont, Marc Dublet s’est engagé, bien au-delà de son métier, dans la défense active de l’identité locale. Sa présence devient emblématique : à chaque chantier s’ajoute une nouvelle pierre à l’édifice collectif qu’est la mémoire du village. Les témoignages recueillis auprès de ses clients et partenaires soulignent à quel point son approche respectueuse du bois et des traditions continue de transformer l’image d’un territoire attaché à ses racines.
Renouer avec les racines du bâti : témoignages et perspectives
Le bouche à oreille participe à la renommée de Marc Dublet bien au-delà de la commune. Ainsi, sa clientèle s’étend parfois jusqu’à Spa ou Stavelot, attirant des particuliers férus d’authenticité comme des responsables du patrimoine. Les succès de ses dernières interventions créent une dynamique, incitant d’autres artisans à privilégier les techniques traditionnelles, plutôt que des solutions industrielles qui effacent la spécificité des maisons ardennaises. Son engagement démontre qu’il est possible de marier savoir-faire, économie locale et préservation de l’identité régionale sans sacrifier la modernité ni le confort.
La vie quotidienne et le travail au plus proche du bois : immersion dans l’artisanat de Marc Dublet
Le quotidien d’un maître charpentier traditionnel tel que Marc Dublet est régi par les saisons, les chantiers et la relation intime avec le bois. Chaque jour, il commence par sélectionner des pièces de chêne, de sapin ou de hêtre, réservant une importance capitale au choix de l’essence comme à sa provenance. Il privilégie systématiquement les forêts ardennaises, gage d’un impact limité sur l’environnement et d’une intégration parfaite des matériaux au bâti existant.
Dans son atelier, les outils en bois comme les rabots ou les ciseaux à bois sont alignés avec soin, prêtant à l’espace une atmosphère à la fois studieuse et chaleureuse. La restauration de colombages exige des gestes précis, presque chorégraphiés, que Marc Dublet exécute avec une concentration héritée de son parcours militaire. Il est fréquent de le voir, penché sur une pièce de forte section, ajuster patiemment un tenon ou rectifier l’aplomb d’un linteau à coups d’herminette, dans une ambiance où seuls résonnent les sons feutrés du bois travaillé.
Ce travail au rythme lent contraste avec la précipitation des chantiers modernes et séduit une clientèle en quête de sens. Ceux qui sollicitent les services de Dublet recherchent un résultat qui échappe à la standardisation : des poutres apparentes au grain vivant, des éléments de charpente dont les formes respectent les imperfections naturelles du matériau, contribuant à une beauté brute, unique et émouvante. Pour Dublet, c’est le bois qui guide la main : « Ce n’est jamais le charpentier qui impose, mais la matière qui souffre ou qui résiste, qu’il faut écouter et accompagner », confie-t-il lors de visites d’atelier ouvertes au public.
La dimension humaine demeure centrale. Le maître charpentier aime partager son univers avec les habitants, les élèves de la région ou les touristes de passage. Les échanges lors des journées portes ouvertes permettent de transmettre des gestes et des récits de bâtisseurs. Ce partage, valorisé par les institutions locales, contribue à renforcer la notoriété de son entreprise mais aussi à recréer l’esprit de village où entraide et apprentissage tissent le quotidien.
La singularité du travail de Marc Dublet se perçoit donc chaque jour sur le terrain, là où la main de l’homme et la nature cohabitent en harmonie. Il démontre ainsi que la charpenterie traditionnelle n’appartient pas au passé mais à l’avenir des territoires attachés à leur patrimoine.
Vers l’avenir : défis et transmission du savoir-faire de la charpenterie traditionnelle à Stoumont
À l’heure où les métiers du bois sont en mutation profonde, Marc Dublet s’attache à transmettre ce que d’aucuns considèrent comme un art en voie de disparition. Dans un monde dominé par la rapidité et la rentabilité, la charpenterie traditionnelle exige du temps, de l’apprentissage et une véritable passion. Pour perpétuer ce savoir-faire, Marc consacre une part importante de ses activités à la formation de futurs charpentiers, convaincu que seule la transmission directe peut garantir la continuité de cette tradition à Stoumont.
Les jeunes apprentis qui franchissent la porte de son atelier découvrent un univers exigeant, mais aussi porteur de sens. Ils apprennent à travailler le bois brut, à comprendre les contraintes structurelles d’un bâtiment ancien, à restaurer sans trahir l’harmonie originelle. Les bases techniques sont complétées par des valeurs humaines : patience, humilité face à la matière, capacité d’adaptation et respect du patrimoine architectural. Cette pédagogie du geste donne à chaque élève la possibilité de s’approprier un métier rare, loin des automatismes imposés par la construction industrialisée.
Les défis de la transmission sont nombreux. Le manque de main-d’œuvre qualifiée en artisanat du bois, le désintérêt croissant pour les métiers manuels et les coûts liés à la restauration menacent la pérennité de la charpenterie traditionnelle à Stoumont et dans toute la Wallonie. Pourtant, l’engagement de Marc Dublet porte ses fruits. Les chantiers réalisés suscitent l’intérêt de la presse locale comme des institutions patrimoniales, encourageant la création de filières de formation dédiées. À travers son réseau, il multiplie les partenariats avec d’autres artisans, architectes et historiens, espérant voir naître de nouveaux projets collectifs autour de la sauvegarde du bâti ancien.
L’évolution des attentes des habitants de Stoumont représente également un levier d’avenir. La demande croissante pour des rénovations respectueuses et écoresponsables ouvre de nouveaux horizons : Marc Dublet s’engage à associer ses valeurs artisanales aux innovations permettant une meilleure performance énergétique des bâtiments rénovés. Ce croisement entre tradition et modernité constitue un terrain d’expérimentation passionnant pour l’artisanat du bois ardennais.
L’art de la charpente traditionnelle, tel que le défend Marc Dublet, se veut un modèle d’avenir pour les villages attachés à leur histoire. Il démontre qu’il est possible, avec patience et engagement, de sauvegarder la mémoire bâtie tout en ouvrant la voie à de nouvelles générations d’artisans passionnés. Stoumont, à travers son maître charpentier, s’affirme donc comme un laboratoire vivant de la transmission et du renouveau de la tradition.