Regards croisés sur l’angoisse et ses répercussions chez les criminels sexuels : l’exemple du film « Murs » de Basile Charpentier
Lorsque l’on aborde le thème de la criminalité sexuelle, l’angoisse et les troubles psychologiques jouent souvent un rôle central dans le parcours des individus concernés. Basile Charpentier, avec le court-métrage « Murs », présenté récemment au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand, incarne cette problématique par le biais d’un protagoniste en proie à un conflit intérieur permanent. Ce film, acclamé lors de l’événement et considéré comme l’un des plus marquants, suit Eric, un homme rongé par l’angoisse qui tente désespérément d’échapper à ses pulsions pour ne pas sombrer dans le passage à l’acte. En filmant caméra à l’épaule, Basile Charpentier immerge le spectateur dans la confusion, l’hésitation et la détresse qui agitent son personnage, confrontant ainsi le public à la complexité de la psychologie criminelle.
Eric, loin du cliché du prédateur froid et calculateur, est dépeint comme un individu vulnérable, dominé par une angoisse constante. Le malaise qui caractérise ses moindres gestes évoque la lutte intérieure qui précède trop souvent le comportement délinquant chez certains criminels sexuels. Cette représentation bouleverse et dérange, car elle met en lumière un aspect souvent invisibilisé : la tentative, parfois sincère, de combattre ses pulsions. La scène clé du magasin de jouets où Eric cherche un réconfort dans un lieu empreint d’innocence, avant d’être confronté à la réalité de ses troubles, est révélatrice de l’écart entre intention et action. La recherche d’une aide auprès d’une psy, restée vaine dans l’immédiat, souligne également les failles de la prise en charge des personnes à risque.
« Murs » ne se limite pas à l’exposé des tourments d’un homme en crise. Il soulève des questions essentielles sur la prévention et la responsabilité collective. Le regard de Basile Charpentier invite à dépasser le simple jugement moral, pour interroger les mécanismes sociaux, institutionnels et psychologiques qui peuvent contribuer à empêcher — ou précipiter — le passage à l’acte. Cette démarche rejoint les réflexions actuelles en psychologie criminelle, où l’accent est mis sur le repérage précoce des signaux d’alerte et un accès facilité à des dispositifs spécialisés. En prenant l’exemple d’un criminel sexuel qui cherche explicitement de l’aide, le film rappelle que la prévention implique également la capacité à écouter la souffrance, sans pour autant minimiser les actes ou oublier les victimes.
Dans le contexte de 2026 en France, la sortie de ce film résonne avec les débats en cours sur l’accompagnement des populations à risque. Les institutions judiciaires et de santé sont encore en quête d’équilibres délicats entre protection de la société, prise en charge thérapeutique et justice pénale. Des dispositifs de signalement anonyme, des campagnes de sensibilisation auprès des professionnels de santé mentale et davantage de moyens accordés à la psychomotricité sont autant de pistes explorées pour éviter que la détresse ne débouche sur un comportement délinquant aux conséquences irréversibles.
La manière dont le court-métrage de Basile Charpentier s’attaque au tabou du passage à l’acte constitue un terrain fertile pour une réflexion élargie sur la psychologie criminelle. Le personnage d’Eric oblige le spectateur à s’interroger : dans quelle mesure l’angoisse, mal repérée ou mal prise en charge, n’est-elle pas le déclencheur silencieux de certains drames ? Cette question, que pose discrètement le film, est au cœur des recherches actuelles en criminologie et en prévention des violences sexuelles.
Psychologie criminelle et angoisse : démêler les causes du passage à l’acte chez les criminels sexuels
La psychologie criminelle contemporaine, surtout quand elle concerne les auteurs d’agressions sexuelles, analyse en détail le rôle de l’angoisse dans le déclenchement du passage à l’acte. Des recherches récentes montrent que cet état émotionnel, loin d’être un simple prétexte, peut structurer profondément la trajectoire psychologique de certains individus. On observe notamment que la combinaison de troubles mentaux sous-jacents, de situations de stress chronique et d’une absence de réseaux de soutien peut favoriser un engrenage dramatique.
Le parcours d’Eric, tel que mis en scène par Basile Charpentier, illustre parfaitement cette spirale. Son angoisse n’est pas seulement une peur de céder à ses pulsions, mais aussi une culpabilité omniprésente, une honte paralysante et une détresse existentielle. Ces sentiments peuvent parfois pousser à adopter des stratégies d’évitement, comme le fait de chercher refuge dans des lieux publics ou de solliciter un accompagnement thérapeutique — même lorsque cette démarche reste sans réponse immédiate, comme dans son appel désespéré à sa psy.
Un point central de la psychologie criminelle est la distinction entre fantasme et passage à l’acte. L’angoisse joue ici un double rôle : pour certains, elle sert de barrière, suscitant suffisamment de malaise pour empêcher le comportement délinquant. Pour d’autres, elle génère une tension interne qui peut, à la longue, rendre le passage à l’acte inévitable si aucun relais n’est proposé. Les cas cliniques examinés dans les études françaises récentes démontrent que la prise en charge thérapeutique, le dialogue et le traitement des troubles mentaux réduisent sensiblement le risque de récidive — d’où l’importance d’un appareil de prévention réactif et bienveillant.
La dimension sensorielle, explorée dans « Murs » grâce aux talents de psychomotricien de Basile Charpentier, éclaire la manière dont certains individus perçoivent et vivent leur propre corps. Les sensations de suffocation, d’étouffement, ou au contraire de flottement, relatées par les patients et traduites à l’écran, traduisent une fracture douloureuse entre le désir et le contrôle de soi. Cette violence intérieure, trop souvent ignorée ou stigmatisée, mérite une attention particulière dans les dispositifs d’accompagnement. En acceptant de montrer la vulnérabilité du criminel sexuel, le film interroge la frontière entre responsabilité individuelle et défaillance du système social ou médical.
En explorant ainsi le thème de l’angoisse, la psychologie criminelle cherche à élaborer des réponses adéquates pour prévenir le passage à l’acte, mais aussi pour mieux comprendre le vécu intérieur des personnes à risque. N’est-il pas temps de dépasser la simple logique punitive pour miser sur une véritable politique de prévention et d’écoute ? Les exemples issus de la recherche et de la fiction comme « Murs » contribuent à renouveler ce débat crucial dans la justice pénale de 2026.
Comportement délinquant et troubles mentaux : recouvrir la complexité des profils à risque
L’analyse du comportement délinquant, en particulier chez les criminels sexuels, ne peut se limiter à une simple dichotomie entre normalité et pathologie. La coexistence de troubles mentaux, de traumatismes passés et de facteurs environnementaux contribue à forger des profils d’une rare complexité. C’est précisément ce que souligne l’approche de Basile Charpentier dans « Murs », en évitant toute caricature et en rendant sensible la multiplicité des trajectoires individuelles.
La figure du pédocriminel, longtemps abordée par la société sous le seul prisme du monstre irrécupérable, est aujourd’hui déconstruite par les avancées en psychiatrie et en criminologie. Les études menées en 2026 mettent en avant la nécessité de distinguer les personnes présentant des troubles mentaux sévères — schizophrénie, troubles de l’humeur, troubles obsessionnels — des profils à la personnalité antisociale, mais sans pathologie avérée. Cette distinction, difficile à établir dans l’urgence judiciaire, conditionne les choix thérapeutiques et les réponses institutionnelles.
Les parcours de vie de certains criminels sexuels sont parsemés d’expériences d’exclusion, de ruptures affectives, voire d’agressions subies dans l’enfance. Ces éléments, abordés de façon sensible dans « Murs », rappellent combien le passage à l’acte est souvent précédé d’une longue accumulation de signaux faibles. Rares sont les individus qui sombrent dans la délinquance sexuelle sans un terreau psychologique fragilisé. À travers le personnage d’Eric, le film interroge également la capacité de la société à repérer précocement ces vulnérabilités et à organiser une prévention adaptée.
Il existe des programmes pilotes qui associent évaluation psychiatrique, suivi psychomoteur et ateliers d’expression corporelle pour réduire le risque de passage à l’acte. Cependant, la stigmatisation sociale rend difficile la demande d’aide, comme en témoigne la scène du refus de rendez-vous immédiat avec la psy dans le film. Cette difficulté d’accès, qui se retrouve en partie dans la réalité, contribue à renforcer l’angoisse et le sentiment d’isolement de ceux qui souhaiteraient reprendre le contrôle de leur comportement délinquant.
Les représentations trop simples négligent la détresse, mais aussi la responsabilité morale des individus. La justice pénale, tout en punissant les délits, tente désormais d’intégrer une dimension thérapeutique, favorisant l’accompagnement sur le long terme. Cela implique un partenariat renforcé entre les psychologues, les éducateurs spécialisés et les agents de probation, afin de rendre possible un suivi personnalisé. Comme l’expose Basile Charpentier au travers de son regard de psychomotricien, restaurer le lien à son corps et à ses émotions ouvre parfois la voie à une reconstruction lente, mais possible, pour éviter la récidive.
Prévention du passage à l’acte : stratégies et dispositifs émergents en 2026
La prévention du passage à l’acte des criminels sexuels s’enrichit de nouveaux dispositifs, en partie inspirés des failles que la fiction comme la réalité mettent en lumière. En 2026, des réseaux de vigilance s’emploient à former les professionnels de santé mentale pour détecter et orienter en urgence les individus présentant des signaux d’angoisse aiguë ou de préoccupation sexuelle inadaptée. L’expérience d’Eric dans « Murs », cherchant à être pris en charge et se heurtant à l’indisponibilité des ressources, reflète la nécessité de revoir l’organisation de l’accueil et de l’écoute.
Des plateformes anonymes, désormais accessibles en France, permettent de déclencher une alerte et de bénéficier, dans un délai réduit, d’un entretien en face-à-face ou à distance avec un spécialiste de la psychologie criminelle. Ces dispositifs s’appuient sur un protocole strict, garantissant la confidentialité tout en assurant la sécurité de potentiels victimes. Les structures d’accueil en urgence, autrefois réservées aux situations d’agression avérée, s’ouvrent maintenant à la prévention des passages à l’acte, intégrant des modules éducatifs sur la gestion des émotions, la sexualité saine et le respect des autres.
La formation des psychomotriciens, inspirée du travail de terrain de professionnels comme Basile Charpentier, prend désormais en compte le repérage des comportements sexuels à risque lors de consultations ordinaires. L’échange interdisciplinaire entre psychiatres, éducateurs, policiers et bénévoles associatifs est encouragé, pour une prise en charge globale. Des campagnes de sensibilisation, portées par des témoignages d’anciens auteurs repentis, circulent à la télévision et sur les réseaux sociaux, proposant d’autres modèles que la stigmatisation ou la peur.
Les résultats restent encore fragiles, mais les premiers retours montrent une réduction significative des passages à l’acte lorsque les individus se sentent écoutés, pris en charge précocement et entourés d’un réseau fiable. Les politiques publiques de 2026 visent donc à renforcer l’innovation sociale et technologique, tout en redonnant une place à l’humain dans la lutte contre la criminalité sexuelle. S’inspirant de parcours comme celui d’Eric, la prévention devient une affaire de sociétés entières, mobilisées pour désamorcer la violence avant qu’elle ne se réalise.
Justice pénale, accompagnement des victimes et débat social autour de la criminalité sexuelle
Le rôle de la justice pénale, confrontée aux criminels sexuels sous emprise de l’angoisse et des troubles mentaux, évolue vers une prise en compte plus fine de la diversité des parcours. Dès le dépôt de plainte, un dialogue s’instaure entre juges, médecins, assistants de service social et associations de victimes. L’œuvre de Basile Charpentier attire l’attention sur la délicate balance entre sanction nécessaire et volonté de ne pas reproduire le cercle de la violence. La reconnaissance des souffrances vécues par Eric ne saurait occulter celle des victimes, qui réclament justice, protection et réparation.
Les dispositifs de suivi pénal s’articulent désormais autour de programmes de responsabilisation et d’ateliers thérapeutiques obligatoires, parfois inspirés de ce qu’on observe dans d’autres pays européens. Les victimes, quant à elles, bénéficient d’un accompagnement renforcé, d’un accès facilité à des cellules d’accueil psychologique, et d’un droit à la parole dans l’élaboration des mesures de prévention. Le débat public en France, alimenté par des œuvres cinématographiques percutantes, s’attache à dépasser la simple pulsion punitive y compris dans les médias et lors de grands événements culturels comme le Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand.
Ce dialogue inédit se traduit par des échanges entre professionnels du droit, usagers, familles et anciens délinquants, soucieux de rompre l’isolement. Les forums citoyens lancés dès 2025 permettent une co-construction des réponses institutionnelles. Les récits, tels que celui d’Eric mis en fiction par Basile Charpentier, offrent une ouverture vers la compréhension globale du phénomène : ils transmettent la nécessité d’une société capable à la fois de protéger ses membres les plus vulnérables et de ne jamais renoncer à la prévention la plus en amont possible.
Les choix de justice pénale et de prévention s’écrivent ainsi à plusieurs voix, s’appuyant sur la capacité d’innovation, de dialogue et sur le courage de regarder la réalité en face. Le défi que nous proposent Basile Charpentier et tous ceux qui œuvrent pour la compréhension de la psychologie criminelle est immense, mais il offre l’espoir de construire une société plus lucide, plus réactive et plus empathique face à la criminalité sexuelle.